Les expérimentations du revenu de base : limites et risques

De plus en plus médiatisé, de plus en plus l’objet de débats, pour plusieurs raisons totalement confus dans les esprits, le revenu de base, concept multidimensionnel et éminemment complexe, aux conséquences inconnues, est souvent analysé comme impossible à mettre en place sans avoir au préalable expérimenté certains de ses effets. Dans son rapport conclusif[1], la mission sénatoriale d’information sur le revenu de base mise en place à l’automne 2016 préconisait «  la mise en œuvre d’une expérimentation, à l’instar de ce qui a été fait pour la mise en place du RSA ou de ce qui est en cours pour l’initiative « Territoires zéro chômeur de longue durée ». Des expérimentations voient le jour, un peu partout dans le monde, dans des contextes et avec des objectifs très variés, aussi bien, par exemple, dans des villages de Namibie que dans des sociétés de la Silicon Valley. 

Les défenseurs du revenu de base s’accordent, en général, sur les limites des expérimentations qui rendent difficile l’utilisation des leçons apprises pour une généralisation sur l’ensemble du territoire. 

Cet article analyse et critique les projets des 13 départements français qui se sont portés candidats pour ce genre d’expérimentation. Il a cinq objectifs : rappeler la définition du revenu de base, discuter la question de savoir si le revenu de base n’est qu’un simple outil d’ingénierie sociale ou bien un véritable projet politique, présenter les limites des expérimentations, interroger les risques qu’elles entraînent, et enfin présenter quelques réflexions sur le processus décisionnel pour la mise en place d’un revenu de base.

 

« Revenu de Base » : une simple question de sémantique ?

Le Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB) propose dans sa charte une définition qui, a priori, semble faire l’unanimité :

« Le revenu de base est un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué par une communauté politique à tous ses membres, de la naissance à la mort, sur base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement[2] »

Cette définition est pourtant depuis quelque temps sujette à caution. En effet, dans la mesure où les projets départementaux d’expérimentation ne la respectent pas, certains militants rejettent l’appellation de « revenu de base », la considérant mensongère, donc illégitime. C’est le cas, par exemple, d’un cercle de réflexion de plus de 1.000 personnes qui réfléchit à la promotion d’un Revenu Universel d’Existence (RUE) en tous points identique au revenu de base défini plus haut, mais volontairement dénommé autrement afin d’éviter toute confusion. Le concept défendu par le MFRB y voit donc sa crédibilité fortement entamée.

Le revenu de base : simple outil d’ingénierie sociale ou bien véritable projet politique ?

Il est hors de question de douter de l’intention des élus départementaux…

Même s’il est difficile de totalement exclure l’idée selon laquelle ces expérimentations seraient motivées, au moins partiellement, par le souci de réaffirmer la compétence des départements dans le domaine social, il est hors de propos de douter ici de la sincérité de ces élus départementaux dans leur volonté, au travers de ces expérimentations, d’améliorer la situation des plus démunis. Il existe suffisamment d’articles de presse et de vidéos pour se rendre compte à quel point, par exemple, Jean-Luc Glèze, président du conseil départemental de Gironde et l’équipe qui l’entoure sont motivés pour ce projet. Il est également remarquable de noter l’aspect tout à fait positif de la consultation large qui a été réalisée dans ce département dans le but d’impliquer un grand nombre d’acteurs sociaux, dans le cadre d’ateliers participatifs rassemblant des bénéficiaires des minimas sociaux ainsi que des professionnels de l’insertion et du travail social.

… mais l’objet expérimenté n’est pas un revenu de base…

Il apparaît toutefois clairement que ces expérimentations départementales ne s’appliqueront pas à un revenu correspondant aux critères du revenu de base, tels qu’ils ont été définis plus haut. Il s’agira en fait d’une opération consistant à fusionner certains minimas sociaux, tout en restant dans une logique de versement conditionné à un niveau de ressources et en direction d’une partie de la population. Le revenu expérimenté ne serait donc ni inconditionnel, ni universel.

… et, la présentation qui en est faite est beaucoup trop réductrice.

Telles qu’elles sont conçues, les expérimentations départementales sont assorties d’objectifs tout à fait porteurs de progrès social (automatisation donc fin du non-recours, fin de la stigmatisation, inclusion sociale, etc.)[3], destinés notamment à améliorer la situation des plus démunis.

Il est pourtant évident que le revenu de base ne se réduit pas à ce type d’objectifs. Versé aux riches comme aux pauvres, mais sollicitant financièrement les riches davantage qu’aujourd’hui au bénéfice des plus pauvres, il remet fondamentalement en cause le pacte social.

En effet,  le revenu de base n’est pas qu’un objet technique, un  simple outil d’ingénierie sociale. Il s’agit plutôt du vecteur d’une profonde transformation sociale, qui remet fondamentalement en cause le pacte social. Il est un projet politique à part entière.

Le montant du revenu de base : reflet du sens qu’on veut lui donner

Dans le cadre de ces projets départementaux, celui-ci sera retenu après analyse des réponses fournies par les personnes qui auront bien voulu consulter le questionnaire proposé sur internet, et qui auront choisi entre les montants de 545, 645, 745 ou 845 euros. Il y est également précisé que « Si les origines philosophiques et les projets politiques de ces modèles diffèrent, tous ont en commun la volonté de proposer une garantie de revenu. »[4]

Telle qu’elle est formulée, cette phrase montre bien à quel point le concept de revenu de base peut être mal compris, donc mal utilisé, et ainsi perdre son sens. En effet, ce type de questionnement voudrait faire accroire qu’il n’existe qu’un seul revenu de base, qui serait transpartisan, traversant tous les clivages idéologiques, ce qui est fondamentalement erroné. 

Faisant converger les libéraux comme les socialistes, la droite comme la gauche, cette adhésion de tous bords politiques nuit à la crédibilité du concept. En effet, remettant en cause le pacte social, le revenu de base devrait être élaboré sur la base d’un débat national débouchant lui-même sur de véritables choix de société. Il doit en effet interroger les options fondamentales comme celle d’un système bismarckien versus un système berevidgien, d’un revenu primaire versus un revenu de transfert, une distribution des richesses versus une redistribution des revenus, un prélèvement fiscal qui serait soit proportionnel soit progressif, un objectif éventuel de lutte contre les inégalités, etc.). Or, les expérimentations ne pourront pas permettre de débattre de ces questions.

La présentation du revenu de base faite dans le cadre de ces projets, occultant la diversité des propositions, pourrait être interprétée positivement comme une recherche de consensus de la part de ses défenseurs. En réalité, il n’en est rien, et elle risque plutôt de devenir à terme totalement contre-productive. En effet, il est évident que cette vision incite à ne raisonner qu’à un niveau technique, sans recherche véritable du sens de cette réforme, en focalisant sur la question « comment », tout en occultant l’essentiel, la question « pourquoi ».

Il existe au moins 2 versions du revenu de base : une libérale et une « de gauche ».

Le montant du revenu de base n’est en aucune façon neutre. Il est bien autre chose qu’une simple donnée technique. Ainsi, que peut il y avoir de commun entre (i) le projet libéral de Gaspard Koenig et Marc de Basquiat, fortement influencé par la pensée du très libéral Milton Friedman, se donnant pour objectif de lutter contre la pauvreté mais en aucune façon de réduire les inégalités, s’accompagnant d’une volonté inavouée mais bien réelle de « libération », donc de dérégulation du marché du travail, financé par un impôt sur le revenu proportionnel et non progressif, et dont le montant avoisine pour les adultes celui du RSA, et (ii) le revenu inconditionnel défendu par Baptiste Mylondo comme outil de décroissance, de lutte contre les inégalités, proposant un rapport maximum de 1 à 4 entre les revenus, et dont le montant serait « suffisant », se rapprochant du seuil de pauvreté ?[5] Rien, absolument rien, sinon le fait qu’il s’agirait de verser un revenu qui soit individuel, universel et inconditionnel. Il faut également bien avoir à l’esprit que, si l’on reste dans une logique de redistribution, il est bien évident que les effets redistributifs seront bouleversés à 1,000 euros, alors qu’ils le seront beaucoup moins à 500. La faisabilité politique se présente donc de manières totalement différentes.

De plus, la question se pose de  la cohérence entre les objectifs recherchés et les moyens mis en œuvre. Ainsi, quel sens donner à un objectif de lutte contre la pauvreté avec une proposition de revenu de base inférieur au seuil de pauvreté[6] ?

Le montant du revenu de base : reflet du pouvoir de négociation des employés vis-à-vis de leur employeur

Il nous semble important de rappeler que le choix du montant aurait également des conséquences sur l’évolution de la relation entre employés et employeurs. En effet, comme André Gorz l’évoque, un montant insuffisant risque de se traduire par une prime versée aux employeurs. Il suggère « Un revenu qui soit « suffisant », car un revenu minimal, inférieur à un minimum vital, constituerait une sorte de subvention aux employeurs qui se retournerait contre les employés. N’étant pas assurés d’un revenu de base suffisant, ils seraient continuellement à la recherche d’une vacation, d’une mission d’intérim et prêts à accepter n’importe quel emploi et pour n’importe quel salaire ». La proposition de Gorz est ainsi en totale opposition à la version libérale.[7]

Les expérimentations présentent de nombreuses limites…

Les expérimentations ne peuvent être financées par une fiscalité spécifique.

L’une des limites les plus évidentes des expérimentations est liée au fait qu’elles ne peuvent être financées par une fiscalité spécifique, puisque la Constitution l’interdit. Elles le seront donc par un abondement du budget de l’État, comme une dépense ordinaire, un financement venant de l’extérieur. Ainsi se pose la question de l’évaluation du financement.  En effet, appliqué sur l’ensemble du territoire, le revenu universel impliquerait des transferts de revenus très importants, variables selon le montant retenu. Sa mise en place supposerait donc une augmentation substantielle des taux d’imposition, probablement dès les premiers euros de revenus d’activité. Tous les contribuables seraient ainsi concernés par le couple indissociable impôt universel-revenu universel qui n’est pas expérimenté tel quel, certains étant financièrement gagnants, d’autres perdants. Par contre, pour cette raison, les expérimentations ne peuvent concerner que des gagnants.

Elles sont limitées dans l’espace et dans le temps

Une autre limite est la conséquence du fait que les expérimentations se déroulent sur un temps court, de 2 ou 3 ans maximum, alors que les individus ne réagissent pas de la même manière en présence de mesures temporaires ou pérennes. Également, elles ne concernent que des populations restreintes, ce qui ne permet pas d’observer l’effet du mimétisme que l’on trouve couramment dans les décisions des individus. Pour cette raison, les populations testées sont très homogènes culturellement et socialement. 

Les expérimentations sont également limitées dans l’espace. Elles ne peuvent s’appliquer que sur des territoires restreints, ce qui ne permet pas, notamment, d’observer leurs incidences macro-économiques. Le résultat des observations sera donc peu pertinent, en raison d’inévitables biais méthodologiques, limitant ainsi leur intérêt en vue d’une généralisation.

Les leçons tirées des expérimentations passées ou en cours sont peu pertinentes.

S’agissant des expérimentations réalisées ou en cours de réalisation, les défenseurs du revenu de base les utilisent souvent dans leur argumentation les effets positifs qui y ont été observés. Mais ce genre de référence n’est en rien solide. En effet, elle ne prend pas en considération le fait que le contexte économique et social de ces pays est fondamentalement différent du nôtre. Ainsi, les leçons tirées d’expérimentations réalisées dans les pays pauvres, qui ne disposent pas de système de protection sociale autant développé que dans les pays du nord, sont difficilement exploitables. De même, les différences de culture entre Américains et Européens rendent délicates les comparaisons avec les leçons tirées des expérimentations outre-Atlantique.

La référence à l’expérimentation du RSA est biaisée.

Enfin, il est important de préciser que la référence à l’expérimentation du RSA ainsi qu’à celle de « Territoires zéro chômeurs de longue durée » telle qu’elle est faite dans le rapport de la mission sénatoriale évoquée plus haut, ne semble pas pertinente. En effet, ces deux mesures n’impliquent pas une réforme fiscale d’envergure comme le revenu de base le ferait et, en ce qui concerne le RSA, il est clair que le gouvernement, avant même de lancer l’expérimentation, avait décidé de le mettre en œuvre. En effet, l’échec de cette expérimentation n’a pas empêché le gouvernement de l’époque de mettre en place la réforme. La vision du politique sur ce projet de réforme était donc fondamentalement différente de celle qui prévaut actuellement. Il existait alors une volonté politique forte de mettre en place cette réforme du RSA, ce qui n’est absolument pas le cas pour le revenu de base.

 … et comportent de réels risques.

  Les expérimentations se limitent à une amélioration des minima sociaux…

Alors, si certes, il est hors de notre propos de douter du progrès que sous-tendent les objectifs poursuivis dans le cadre de ces expérimentations départementales, nous pouvons toutefois suggérer de modifier l’énoncé de leur objet, qui ne serait plus « expérimentations d’un revenu de base », mais plutôt « expérimentations d’un RSA automatique », ou bien « expérimentations d’une réforme des minima sociaux ». Cela présenterait le mérite de clarifier les choses, de mettre fin aux amalgames, de mettre fin à cette utilisation intempestive d’un concept beaucoup plus large que l’objet de ces expérimentations, et ainsi de redonner au revenu de base tout son sens.

… ce qui génère une image de plus en plus brouillée dans l’esprit du public.

Conséquence de la manière de présenter cette réforme, le grand public, pour les raisons évoquées plus haut, ne dispose que d’une image brouillée, car incomplète et erronée, de ce que peut être un revenu de base appliqué sur l’ensemble du territoire.

Les médias portent sans doute une responsabilité importante dans cette situation. Ils attribuent par exemple cette expression, sans discernement, aussi bien au  « revenu universel » que proposait Manuel Valls lors d’un voyage en Gironde en janvier 2017, qu’au « revenu de citoyenneté » que propose le coalition italienne parvenue au pouvoir tout récemment, alors que ces revenus n’ont rien d’universel ni d’inconditionnel. Cette utilisation incorrecte des expressions « revenu de base », « revenu universel », brouillant l’image du concept, a des conséquences désastreuses sur l’opinion. Car plus personne n’y comprend plus rien.[8]

Les expérimentations : une manière d’enterrer définitivement un projet ?

La question peut se poser également de savoir si les expérimentations ne représentent pas une manière de différer la décision politique elle-même pour une réforme d’une telle envergure sur l’ensemble du territoire, et ainsi d’en renvoyer la décision aux calendes grecques ou bien, pire encore, d’en préparer un enterrement de première classe.

Les expérimentations sociales : symptômes de l’omnipotence technocratique  ?

La vision politique ne s’efface-t-elle pas au profit de la technique ?

La question se pose de savoir si les expérimentations du revenu de base, s’inscrivant dans cette mouvance récente qui rend nécessaire d’expérimenter les politiques publiques préalablement à leur application, ne seraient pas les symptômes d’une technocratie omnipotente. Il ne s’agit certes pas de condamner d’un bloc tout ce que sous-tend l’expérimentation sociale. Mais l’on peut se demander s’il n’y a pas, avec l’évaluation scientifique, et derrière le souci légitime d’une meilleure compréhension des effets de l’action publique, une dérive conduisant les décideurs politiques à se retrancher devant les experts. Il est important que le savoir nourrisse la décision, mais il existe un réel risque qu’il l’anéantisse. Il semble donc essentiel de tracer les limites à ne pas franchir pour éviter l’absorption par la logique scientifique de la logique de l’action politique[9], ainsi que d’éviter un « glissement vers une conception de la politique en tant que politique expérimentale »[10]Toute innovation risque désormais d’être interrogée pour elle-même, non pas en fonction d’un horizon plus général, configuré à l’avance, qu’elle permettrait d’atteindre ou d’entrevoir.  

Le risque est donc que le « pourquoi » cède du terrain, que la politique s’efface devant la technocratie, et que la vision disparaisse au profit de la technique

L’heure n’est pas aux expérimentations. Elle est au débat public. 

Devant ces limites et tous ces risques, qui font considérablement douter de la pertinence des expérimentations, il nous semble qu’il serait beaucoup plus efficace de s’orienter vers des débats publics, impliquant non seulement les politiques, les experts et les militants, mais toute la population, et qui permettraient au moins de tester la désirabilité de la réforme. Ces débats devraient idéalement porter certes sur les sujets abordés dans le cadre de la préparation des expérimentations départementales, mais également, et peut-être surtout, sur des questions beaucoup plus larges. Il s’agit, en effet, de définir une vision globale de ce que devrait être la société de demain (davantage de justice sociale, lutte contre les inégalités, préservation de la planète, etc­)  L’heure n’est donc pas aux expérimentations. Elle est plutôt à l’approfondissement de ses justifications et au débat public.

Le revenu de base ne sera pas introduit « d’en haut ». Il viendra « d’en bas ».

Lorsque l’on se pose la question de la nécessité d’expérimenter une réforme aussi importante que celle que constituerait la mise en place d’un revenu de base, il est intéressant de se référer au passé, afin d’essayer de comprendre dans quelles conditions des réformes sociales d’une envergure comparable ont pu émerger. Nous pouvons alors nous rendre compte que ni Bismarck à la fin du XIXème siècle en ce qui concerne l’assurance-maladie, ni les inspirateurs de la Sécurité Sociale en 1945, n’ont eu besoin d’expérimenter pour mettre en place leur réforme. Bismarck avait pour objectif d’anticiper le risque d’émeutes sociales qui menaçaient. Quant à la Sécurité Sociale, comme beaucoup de réformes sociales d’envergure, la solidarité nationale en réaction aux horreurs passées, dans cette période d’immédiat après-guerre, en a été le principal moteur.

Dans leur livre récemment publié, Michel Lepesant et Baptiste Mylondo[11] interrogent fort justement la pertinence des expérimentations : «  … aucune expérimentation ne pourra éviter le biais de n’être qu’une abstraction. Manière absurde de nous reprocher que nos idées sans la mise en pratique ne sont que des rêves. ». Quoi qu’il en soit, un rêve, notamment celui d’une société plus juste, dont on entrevoit la possibilité de réalisation, une utopie que l’on peut qualifier de « réaliste », cela ne s‘expérimente pas. Cela se vit, ou bien cela s’oublie.

L’idée du revenu de base est à la mode. Soit… Nous ne nous en plaindrons pas. Il nous reste toutefois à espérer que ce beau concept ne restera pas qu’une mode, voué à une durée d’existence limitée à celle de sa propre gestation.

Mais la décision nécessaire à la mise en œuvre d’un tel projet nécessitera un tel courage politique que l’on peut facilement imaginer, comme le pressentait André Gorz, qu’elle ne pourra pas être introduite « d’en haut »[12]. Elle ne pourra venir que «  d’en bas », le décideur politique, sous la pression, jouant le rôle de simple exécuteur de la volonté souveraine du peuple.

Et pourtant, n’y a-t-il pas dans tout projet politique d’envergure comme celui-ci une part d’inconnue, qui nécessite une importante prise de risque, consubstantielle à l’action politique, à sa vérité et à sa grandeur ?

Robert Cauneau, citoyen militant


Notes

[1] Rapport d’information n° 35 (2016-2017) de M. Daniel PERCHERON, fait au nom de la mission d’information, déposé le 13 octobre 2016 : https://www.senat.fr/rap/r16-035/r16-035.html

[2] https://www.revenudebase.info/wp-content/uploads/2016/06/charte_mfrb_v2_2.pdf

[3] Cinq objectifs : résorber la grande pauvreté et assurer un niveau de vie minimal, réduire le non recours aux prestations sociales favoriser l’autonomie du projet de vie, réduire la stigmatisation, simplifier le système social et faciliter le retour à l’emploi.http://www.monavissurlerevenudebase.fr/

[4] http://www.monavissurlerevenudebase.fr/

[5] Voir Gaspard Koenig et Marc de Basquiat, « Liber, un revenu de liberté pour tous. Une proposition d’impôt négatif en France », Génération Libre, avril 2014 ; Baptiste Mylondo, « Pour un revenu sans conditions. Garantir l’accès aux biens et services essentiels », Paris, Utopia, 2012.

[6] Selon le seuil de pauvreté adopté, un individu est considéré comme pauvre quand ses revenus mensuels sont inférieurs à 846 euros (seuil à 50 % du revenu médian) ou 1 015 euros (seuil à 60 %).

[7] Antonella Corsani, « Économie et politique du Revenu Inconditionnel d’Existence. Un hommage à André Gorz », Mouvements 2013/1 (n° 73), p. 11-18. DOI 10.3917/mouv.073.0011

[8] Fort heureusement, s’agissant des projets d’expérimentations dans les départements, certains médias sont bien conscients du caractère conditionnel et non universel du revenu qui sera expérimenté. Ainsi, nous pouvons lire dans l’Est Républicain : « Mais d’emblée, il ne fallait pas confondre avec l’allocation universelle, qui est le versement à tous les citoyens d’un pays, indépendamment de leur revenu, de leur patrimoine et de leur statut professionnel, d’un revenu unique permettant à chacun d’eux de satisfaire ses besoins primaires (nourriture, logement, habillement, biens culturels de base). Au conseil départemental, la définition est différente : « Le principe du revenu de base, c’est de verser une somme à tous ceux qui en ont besoin avec affiliation automatique. Aucune démarche ne sera à effectuer, et ceci afin de lutter contre le non-recours aux allocations de base ». https://www.estrepublicain.fr/edition-de-nancy-ville/2018/05/23/en-pointe-sur-le-revenu-de-base

[9] Avis du COMETS sur « l’éthique de la recherche dans l’expérimentation sociale » http://www.cnrs.fr/comets/IMG/pdf/07-experimentation-sociale-20100119-2.pdf

[10] Quet Mathieu, « La politique, c’est l’expérimentation », Hermès, La Revue, 2012/2 (n° 63), p. 215-220. URL :https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2012-2-page-215.htm

[11] M. Lepesant et B. Mylondo, « Inconditionnel – Anthologie du revenu universel », Éditions du Détour, mars 2018.

[12] Voir en particulier : A. Gorz, « Richesse sans valeur, valeur sans richesse », entretien réalisé par Sonia Montano en 2005 publié in Ecologica, Galilée, Paris, 2008.

Image : pixabay.com

6 commentaires sur “Les expérimentations du revenu de base : limites et risques

  1. Très bon article, merci! Et..pensez à vous inscrire à #monrevenudebase qui première concrétisation du revenu de base en France…et elle est 100% citoyenne!

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  2. Une bonne approche des problèmes engendrés par les interprétations à géométrie variable du principe du Revenu de Base.
    Quant au fond, les difficultés sont essentiellement dues au fait que, depuis quelques quinquennats, nous n’avons plus « d’hommes politiques », mais des « hommes de pouvoir » incapables d’être visionnaires ou de prévoir, tout simplement.
    Ces gens n’ont plus « la foi » en politique, depuis longtemps : leur rejet du devenir du volume de travail humain résulte d’un archaïsme que la soif de pouvoir, étrangère aux questions sociétales, ne leur permet pas d’abandonner.

    De plus, un contexte particulier n’est jamais abordé par les divers intervenants : celui de l’appartenance de la France à un système plus large et bien plus grand, celui de l’Europe.
    Si le défaut d’harmonisation des fiscalités et des systèmes sociaux à conduit à ce que nous connaissons tous, c-à-d. un quasi échec, qui pourrait croire encore qu’un Revenu de Base pourrait prendre racine durablement dans ce capharnaüm, au sein de quelque pays d’Europe que ce soit ?

    Qu’il soit bien intentionné ou pas, le Revenu de base n’a aucun avenir envisageable, même à moyen terme : au mieux, aboutirons-nous à une autre définition des « aides sociales » traditionnelles.
    Ce ne sera qu’au terme d’un effondrement économique et social total que les nécessaires mesures d’urgences seront à même d’intégrer cette notion de « droit inaliénable et inconditionnel ».

    A noter. Ne me croyez pas anti Revenu de Base : j’en en suis un fervent partisan depuis l’époque où Marc de Basquiat en soutenait le principe, alors que Baptiste Mylondo …était encore en culottes courtes,
    Mais il faut également être réaliste : tout est prêt, dans les détails pour instaurer le RBI, il manque juste, et pour longtemps, la volonté politique.

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